Ostinato !
Faut-il exister? Se (dé)battre pour finalement simplement mourir?
Oui. Si rien ne sert à rien, il faudra avancer plutôt que d'abandonner, toujours.
Il faut dire, faire, aimer, détruire, recommencer. Sans rien attendre ni espérer. Oui, avancer, le prix du courage, de la passion. Un coeur, une âme pourquoi pas, des tripes.
Et il n'est question que de ça chez Versari: de la tension qui construit les hommes, de l'amour qui brûle autant qu'il écrase ou élève, des jeunes années qui s'effacent, de la force qui nous quitte, et surtout, malgré le ridicule de tout espoir, de cette volonté ancienne, tenace, qui nous pousse à faire encore un pas.
La musique de Versari est belle, tendue, dure parfois, elle ne ment pas, elle donne la main et on la saisit, parce que, dès les premiers accords, on devine qu'ici on navigue au centre d'une tempête qui ressemble furieusement à nos existences.
On pourrait parler d'une new/cold wave sans manière, proche de l'os, d'un post-punk/hardcore shrapnel, d'une pop barbelée, d'un rock mélancolique. De romantisme également, celui qui sait convier les larmes d'importance, qui préfère, au pragmatisme roi d'une époque perdue, les épopées immobiles, où tout reste possible.
Son style, Versari l'a travaillé au corps depuis des années, sans raccourci idiot ni facilité crasse. Et cet album, son deuxième, est véritablement l'effort de trois individus, tous passionnés. Un travail tricéphal donc, acharné, nourri de cinq années de répétitions bunker, de concerts, d'échanges, du plaisir de jouer ensemble dans un but commun. Et laissant la place à l'improvisation, celle capable de défricher des contrées hostiles, où le confort n'a plus lieu d'être et d'où, après le doute, la lumière peut jaillir.
Les mélodies et le chant prennent toute leur place au sein de ces morceaux, sans pour autant monopoliser tout l'espace musical. Ce disque viscéral, où les émotions ne se bradent pas, vient de loin.
Et puis, en son centre, une autre personne. Qui a accepté de s'investir totalement. Un Britannique.
Sa présence ne doit rien au hasard, elle vient principalement d'une complicité musicale, d'un respect mutuel pas bradé et d'une évidence: “On va le faire ensemble.” Ces choses-là s'expliquent moins qu'elles ne se vivent. Versari partage avec cet homme des goûts musicaux communs et une approche artistique sans concession, directe, voire radicale lorsqu'il s'agit de faire danser les ombres. Jean-Charles se souvient: “Nous avons commencé les enregistrements en janvier dernier. Nous sommes allés au studio Shaynini (le studio de l'ex-batteur de Noir Désir), dans les Landes, pendant une semaine. Nous avons enregistré tous les titres en live. Nous avions beaucoup répété auparavant et les morceaux étaient tous finis. Puis je suis allé à Bristol pendant cinq jours en mars pour poser les voix, ajouter des guitares et quelques orgues, et Adrian Utley a joué quelques guitares électriques et des synthétiseurs.
Je suis retourné à Bristol en mai pour le mixage de l'album, toujours dans le studio d'Adrian.” Adrian Utley, celui de Portishead,qui produit là son premier album. En français. Si Versari aime traverser la Manche et l'Atlantique à l'heure de la composition, il a voulu exprimer ses failles, ses souvenirs, ses sentiments dans sa propre langue. Aux clones appliqués, Versari préfère la liberté, les croisements. L'identité.
“Ostinato”, titre de l'album et aussi dernière chanson (un ostinato est un procédé consistant à répéter obstinément une formule rythmique, mélodique ou harmonique), suffit à résumer l'univers dense, charnel, électrique du groupe. Une guitare brave la mort, par saccades, un crescendo explose, la stridence enveloppe ces accords qui vibrent au bord du gouffre. C'est beau, c'est fort, l'intimité ici dévoilée est aussi la nôtre. “Nous sommes vivants et nous allons inexorablement vers la mort. Sur ce chemin, on fera tout pour que ça ne soit pas vain, quitte à se blesser, à chuter, toujours se relever et toujours essayer” précise Jean-Charles. On ne saurait mieux exprimer la chose. Il y a encore “Les Mots Que L'on Disait” et son dénuement propice à la douleur des fulgurances, quand deux amants s'affrontent. “Hymne”, plus enlevé, est une cavalcade urbaine et où pleuvent des interrogations. Toujours ce doute qui fait ce que nous sommes, humanité qui balance entre action et abandon. “Au Dernier Souffle” est un testament métallique, assemblage de soubresauts, sirène d'apocalypse, servi par une batterie martiale parfaite. “Ville Morte”, sorte de complainte hallucinée, est un sublime travelling qui impose l'importance des évasions choisies et l'inutilité des mots qui tombent comme des pierres. “Houdini” parle encore d'amour. Une magie sépia coule le long d'une basse ruisseau. Classe. “Non-Retour” rappelle qu'il est possible en France de conjuguer saturation et poésie de fer sans faillir, surtout à l'heure de l'aveuglement généralisé . Entre des couplets façon mantra aux poings serrés et un refrain psychédélique, qui s'envole. “Le Courant”, lui, possède des qualités pop indéniables, capables d'investir un cerveau pour ne plus jamais le quitter. “Nous Étions” regarde dans un rétroviseur où toutes les images ne sont pas forcément faciles à raviver. Là encore, Versari installe une tension proprement formidable, où, avec très peu, il creuse en profondeur pour ressusciter l'avant. “L'Animale Adoration” enfin, s'inspire librement du passage de “Belle du Seigneur”, le livre d'Albert Cohen, où il décrit l'attirance de certaines femmes pour les mâles dominants, les serpents saturés en plus.
Versari vient de Paris. Sa musique, elle, se moque bien des frontières. Elle dit, fait, aime, détruit, recommence. Sans rien attendre ni espérer. Elle est.
Pour le meilleur.
Versari est un trio: Cyril Bilbeaud, ex-Sloy et actuel Zone Libre et Tue-Loup, Laureline Prod'Homme, ex-Giant Sand et ex-Candie Prune et actuelle The Dude et Wobbly Ashes, et Jean-Charles Versari, ex-Hurleurs.
Oui. Si rien ne sert à rien, il faudra avancer plutôt que d'abandonner, toujours.
Il faut dire, faire, aimer, détruire, recommencer. Sans rien attendre ni espérer. Oui, avancer, le prix du courage, de la passion. Un coeur, une âme pourquoi pas, des tripes.
Et il n'est question que de ça chez Versari: de la tension qui construit les hommes, de l'amour qui brûle autant qu'il écrase ou élève, des jeunes années qui s'effacent, de la force qui nous quitte, et surtout, malgré le ridicule de tout espoir, de cette volonté ancienne, tenace, qui nous pousse à faire encore un pas.
La musique de Versari est belle, tendue, dure parfois, elle ne ment pas, elle donne la main et on la saisit, parce que, dès les premiers accords, on devine qu'ici on navigue au centre d'une tempête qui ressemble furieusement à nos existences.
On pourrait parler d'une new/cold wave sans manière, proche de l'os, d'un post-punk/hardcore shrapnel, d'une pop barbelée, d'un rock mélancolique. De romantisme également, celui qui sait convier les larmes d'importance, qui préfère, au pragmatisme roi d'une époque perdue, les épopées immobiles, où tout reste possible.
Son style, Versari l'a travaillé au corps depuis des années, sans raccourci idiot ni facilité crasse. Et cet album, son deuxième, est véritablement l'effort de trois individus, tous passionnés. Un travail tricéphal donc, acharné, nourri de cinq années de répétitions bunker, de concerts, d'échanges, du plaisir de jouer ensemble dans un but commun. Et laissant la place à l'improvisation, celle capable de défricher des contrées hostiles, où le confort n'a plus lieu d'être et d'où, après le doute, la lumière peut jaillir.
Les mélodies et le chant prennent toute leur place au sein de ces morceaux, sans pour autant monopoliser tout l'espace musical. Ce disque viscéral, où les émotions ne se bradent pas, vient de loin.
Et puis, en son centre, une autre personne. Qui a accepté de s'investir totalement. Un Britannique.
Sa présence ne doit rien au hasard, elle vient principalement d'une complicité musicale, d'un respect mutuel pas bradé et d'une évidence: “On va le faire ensemble.” Ces choses-là s'expliquent moins qu'elles ne se vivent. Versari partage avec cet homme des goûts musicaux communs et une approche artistique sans concession, directe, voire radicale lorsqu'il s'agit de faire danser les ombres. Jean-Charles se souvient: “Nous avons commencé les enregistrements en janvier dernier. Nous sommes allés au studio Shaynini (le studio de l'ex-batteur de Noir Désir), dans les Landes, pendant une semaine. Nous avons enregistré tous les titres en live. Nous avions beaucoup répété auparavant et les morceaux étaient tous finis. Puis je suis allé à Bristol pendant cinq jours en mars pour poser les voix, ajouter des guitares et quelques orgues, et Adrian Utley a joué quelques guitares électriques et des synthétiseurs.
Je suis retourné à Bristol en mai pour le mixage de l'album, toujours dans le studio d'Adrian.” Adrian Utley, celui de Portishead,qui produit là son premier album. En français. Si Versari aime traverser la Manche et l'Atlantique à l'heure de la composition, il a voulu exprimer ses failles, ses souvenirs, ses sentiments dans sa propre langue. Aux clones appliqués, Versari préfère la liberté, les croisements. L'identité.
“Ostinato”, titre de l'album et aussi dernière chanson (un ostinato est un procédé consistant à répéter obstinément une formule rythmique, mélodique ou harmonique), suffit à résumer l'univers dense, charnel, électrique du groupe. Une guitare brave la mort, par saccades, un crescendo explose, la stridence enveloppe ces accords qui vibrent au bord du gouffre. C'est beau, c'est fort, l'intimité ici dévoilée est aussi la nôtre. “Nous sommes vivants et nous allons inexorablement vers la mort. Sur ce chemin, on fera tout pour que ça ne soit pas vain, quitte à se blesser, à chuter, toujours se relever et toujours essayer” précise Jean-Charles. On ne saurait mieux exprimer la chose. Il y a encore “Les Mots Que L'on Disait” et son dénuement propice à la douleur des fulgurances, quand deux amants s'affrontent. “Hymne”, plus enlevé, est une cavalcade urbaine et où pleuvent des interrogations. Toujours ce doute qui fait ce que nous sommes, humanité qui balance entre action et abandon. “Au Dernier Souffle” est un testament métallique, assemblage de soubresauts, sirène d'apocalypse, servi par une batterie martiale parfaite. “Ville Morte”, sorte de complainte hallucinée, est un sublime travelling qui impose l'importance des évasions choisies et l'inutilité des mots qui tombent comme des pierres. “Houdini” parle encore d'amour. Une magie sépia coule le long d'une basse ruisseau. Classe. “Non-Retour” rappelle qu'il est possible en France de conjuguer saturation et poésie de fer sans faillir, surtout à l'heure de l'aveuglement généralisé . Entre des couplets façon mantra aux poings serrés et un refrain psychédélique, qui s'envole. “Le Courant”, lui, possède des qualités pop indéniables, capables d'investir un cerveau pour ne plus jamais le quitter. “Nous Étions” regarde dans un rétroviseur où toutes les images ne sont pas forcément faciles à raviver. Là encore, Versari installe une tension proprement formidable, où, avec très peu, il creuse en profondeur pour ressusciter l'avant. “L'Animale Adoration” enfin, s'inspire librement du passage de “Belle du Seigneur”, le livre d'Albert Cohen, où il décrit l'attirance de certaines femmes pour les mâles dominants, les serpents saturés en plus.
Versari vient de Paris. Sa musique, elle, se moque bien des frontières. Elle dit, fait, aime, détruit, recommence. Sans rien attendre ni espérer. Elle est.
Pour le meilleur.
Versari est un trio: Cyril Bilbeaud, ex-Sloy et actuel Zone Libre et Tue-Loup, Laureline Prod'Homme, ex-Giant Sand et ex-Candie Prune et actuelle The Dude et Wobbly Ashes, et Jean-Charles Versari, ex-Hurleurs.